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La révolution d’un seul brin de paille

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Lorsque l’on s’intéresse à l’alimentation vivante, et à la nourriture en règle générale, on ne peut pas faire abstraction de l’agriculture, qui produit cette nourriture. C’est pourquoi chez PermaJuice, on met l’accent sur le lien étroit entre terre, corps et esprit. Car tout est lié. Rien n’est indissociable.

J’avais sur mon étagère le livre de Masanobu Fukuoka depuis plusieurs mois, sachant que c’était une référence dans le domaine de l’agriculture sauvage et naturelle. Maintenant je comprends mieux pourquoi. C’est une expérience de lecture que je n’oublierais jamais. Maintenant je vais tacher de vous expliquer une partie de sa philosophie…et peut-être vous donner envie de découvrir cet homme et l’agriculture sauvage au travers de son livre : La révolution d’un seul brin de paille.

L’éveil spirituel

Fukuoka travaille dans un centre de recherche ou il analyse les maladies sur les récoltes. C’est une vie très active. Peut-être trop active. Chercheur au microscope la journée, et fêtard le soir. Du coup il contracte une pneumonie et se retrouve à l’hopital. Lorsqu’il ressort, plus rien ne l’enchante et il commence à errer partout à la recherche de sens dans sa vie. Il remet tout en question. Une nuit, perché sur une colline, il vit une sorte d’illumination ou il se libère de tous ses démons (angoisses, peurs, craintes, doutes…) et il comprend que “dans ce monde il n’y a rien du tout…

Je sentis que je ne comprenais rien

Il quitte donc son travail. Heureux, joyeux, libre. Personne ne le comprend, et même ses amis pensent qu’il est devenu fou. Masanobu Fukuoka décide donc de retourner à ses origines dans son village natal pour mettre en pratique sa pensée tout fraîche, qui ne le quittera jamais : sa philosophie, son agriculture du “non-agir”, et de l’agriculture sauvage.

L’agriculture du “non-agir”

Il explique sa méthode d’agriculture sur sa culture de riz, mais aussi de seigle et d’orge.  Il respecte plus que tout sa terre, ne laboure jamais, n’élabore pas de compost, n’utilise ni fertilisant, ni engrais chimiques… Il ne suit pas la voie de la science ou de la chimie. Et pourtant aujourd’hui sa terre est plus riche que celle de l’agriculture traditionnelle, chimique. Sa méthode, il l’explique tout au long de l’ouvrage. Mais plus qu’une méthode c’est tout une philosophie et un regard sur la vie et la Nature.

Sa méthode est pourtant simple : il recouvre simplement sa terre d’un mulch de paille et de fumier de volaille, ainsi que du trèfle. Il récolte ainsi du riz en automne. Le seigle et l’orge quant à eux sont récoltés au printemps. Cette “succession céréale d’hiver/ riz en ensemencement direct sans culture”, il l’a présente pendant 30 ans, aux différents journaux agricoles.

Pendant cette première partie de l’ouvrage il compare donc sa méthode “naturelle” aux méthodes plus “modernes”, celles de l’agriculture chimique.

Bien sûr sa méthode s’applique pour la culture des champs au Japon. Il faut que chaque agriculteur, trouve la formule d’agriculture sauvage adapté à sa terre, à son environnement, et aux récoltes souhaitées.

Il critique les experts, l’agriculture moderne et scientifique. Le ton est assez direct, et il n’y va pas avec des pincettes. On peut le comprendre, car il a vu la dégénérescence de l’agriculture au Japon, et la course effrénée de tout un pays, vers le modernisme.

D’ailleurs il explique en détail comment après la seconde guerre mondiale, le Japon s’est tourné vers le modèle des Etats Unis, en pensant y trouvé la formule magique pour produire plus en travaillant moins grâce aux produits chimiques.

Sauf qu’en usant de ces substances chimiques, les agriculteurs sont devenus dépendants des machines, du dur labeur, et du dérèglement de leurs cultures. Au final, la terre elle même se retrouve appauvrie. La faute à qui?

Selon Fukuoka, c’est la faute de la politique agricole, du gouvernement, de la croyance en la science, et envers les experts scientifiques. Mais surtout à cause de la volonté humaine de contrôler la nature. Alors qu’on ne peut pas comprendre cette nature, et encore moins en faire ce que l’on veut.

Qu’est-ce qu’à gagner le Japon après 30 ans? Des terres appauvries, et une moins bonne santé du peuple japonais.

Pendant trop d’années les agriculteurs et le monde agricole ont tentés des nouvelles techniques pour produire plus. Alors que l’agriculture du non-agir est à l’opposé : il s’agit de faire moins, et de rendre plus facile chaque tâche pour l’agriculteur.

Et si on ne faisait pas ceci? Et si on ne faisait pas cela?

Les quatre principes de l’agriculture sauvage

Dans cet ouvrage, Manasobu Fukuoka énumère les 4 principes de l’agriculture sauvage :

1- NE PAS CULTIVER. Il s’agit ici de ne pas labourer les champs, ni même de retourner la terre. La charrue n’est pas utile car la terre se cultive d’elle même.

2- PAS DE FERTILISANT CHIMIQUE OU DE COMPOST PREPARE. Car année après année, cela épuise le sol, et le vide de ses aliments essentiels.

3- NE PAS DESHERBER AU CULTIVATEUR NI AUX HERBICIDES. Les mauvaises herbes jouent un rôle fondamental dans l’équilibre du sol. Il ne souhaite pas non plus les laisser proliférer et prendre le dessus. Non, il indique clairement qu’il faut les contrôler. Non pas les éliminer. Tout le passage sur les mauvaises herbes est véritablement intéressant. Selon lui la mauvaise herbe et surtout sa variété, indique clairement l’état du sol. C’est un indicateur. Donc pourquoi la supprimer…

4- PAS DE DEPENDANCE ENVERS LES PRODUITS CHIMIQUES. La nature laissée seule, est en parfait équilibre. Là encore, il faut avoir un terrain sain, pour éviter que maladies et insectes ne prennent le dessus.

Dans son livre, il revient en détail sur chaque point et traite en profondeur l’importance des les respecter absolument TOUS. Pourquoi? Pour que la terre soit la plus riche possible, et qu’elle se cultive d’elle même. L’idée sous-jacente, est bien évidemment de produire une nourriture de qualité. Sans une terre riche, cela est impossible.

Ces principes, il se les appliquent à la fois pour ses cultures céréalières. Mais aussi pour son verger et son jardin potager.

La faillite de tout un système

Ce livre dépasse largement le manuel d’agriculture. Il englobe tous les aspects de la société, et de la vie humaine.

On pourrait croire dans un premier temps qu’il s’agit seulement d’agriculture. Et que logiquement s’ensuit la nourriture. Et puis on comprend au fil des pages que cela va encore plus loin. Cela remet en cause la place de chacun dans la société à tous les niveaux.

Il reste essentiellement orientée autour de l’agriculture car c’est son domaine,  mais on sent que sa pensée concerne tout le monde. Il ne dit pas non plus qu’il faudrait que des paysans dans nos sociétés. Il admet le besoin de commerçants.

Ce qu’il rejette par dessus tout, c’est le travail inutile. Le travail inutile que les agriculteurs s’imposent pour produire toujours plus.

Parfois les gens travaillent plus qu’il ne faut pour obtenir ce qu’ils désirent, et parfois, ce qu’ils désirent, ils n’en ont pas besoin.

Autrefois les paysans, pouvaient s’accorder du temps libre l’hiver. Des mois de chasse, de repos, afin de profiter de leur famille. Aujourd’hui…ils courent après le temps…toujours en manque de temps. Malgré tous les soit-disant progrès réalisés par la science pour gagner du temps…

Le rôle primordial du consommateur

Masanobu Fukuoka s’attaque à tout le monde. Il critique les experts, les scientifiques qui decortiquent tout à l’infini sans se rendre compte des dégâts qu’ils occasionnent. Mais il va encore plus loin et remet également la faute sur le consommateur.

Aujourd’hui le consommateur souhaite des produits d’été, en hiver. Prenons l’exemple des fraises en décembre. Le pire c’est que les consommateurs sont prêts à payer beaucoup plus cher pour obtenir ses produits hors-saison. Cela crée donc un marché avec une rentabilité à la clé pour ceux qui se lanceront.

Le consommateur de plus n’en finit pas d’être exigent. Il veut des fruits non tordus, pas “moches”, avec une belle couleur. La publicité à certainement dû formater nos petits cerveaux.

Du coup cela impose aux paysans, aux agriculteurs et à l’industrie agro-alimentaire de créer des prototypes, d’ajouter des colorants, des conservateurs, et d’utiliser de nouvelles méthodes d’agriculture pour faire pousser ces fraises en hiver. Cela sans tenir compte de la nature, et encore moins de l’aspect nutritif des aliments. Qu’est-ce qui s’ensuit? Un asservissement du producteur qui perd le pouvoir. Et le consommateur perd tout lien avec la nature. Il y gagne seulement une nourriture pauvre, et la maladie.

Le rapport à la nourriture

Il ne préconise pas une nourriture dogmatique, végétarienne, végétalienne, crudivore, ou frugivore… Mais plutôt sortir de tout cela, et être libre et conscient. Selon lui il faut surtout s’adapter à l’environnement local. Il a donc mis en place des mandalas, pour savoir chaque mois ce dont il doit se nourrir.

Selon Fukuoka, il existe quatre type d’alimentation :

1- Une alimentation laxiste. En gros ici, l’homme mange ce qu’il veut, en se souciant simplement de ses envies et du goût.

2- Une alimentation matérialiste et scientifique. Ici il fait référence à la manière de se nourrir classique des gens. C’est à dire manger pour rester en bonne santé. On prend les aliments les plus sains, pour avoir une vie saine et longue.

3- L’alimentation de principe. Ici c’est principalement les alimentations naturelles. “On limite les aliments, on recherche la concentration. C’est déjà un peu plus spirituel, et idéologique.

4- L’alimentation de la non-discrimination. C’est selon lui l’alimentation la plus “naturelle”, sans aucune science et en “suivant la volonté du ciel”.

Dans son livre il rentre plus en détail sur chacune de ses alimentations. Il explique par exemple que la première “l’alimentation typique des gens malades”. Donc que les gens passent ensuite à la deuxième pour avoir meilleure santé. Mais il faut encore aller plus loin selon lui pour se rapprocher de la nature et de la véritable nourriture naturelle ou l’intellect et la discrimination n’existe pas.

Il est impossible de prescrire les règles et les proportions d’une alimentation naturelle. Cette alimentation se définit d’elle-même selon l’environnement local, les différents besoins et la construction corporelle de chaque personne. “

La philosophie de Fukuoka

Pour lui deux choses sont responsables de l’éloignement croissant de l’homme et de la nature et des conséquences qu’on vit actuellement. L’homme, s’il se libère de cela, pourrait revenir dans le “mouvement”.

  • Se libérer de l’égo, de l’esprit discriminant

Il faut vivre tel un enfant, dans l’instant du moment présentSans jugement, sans critique, sans discrimination. Une fois qu’on appelle une plante par le nom de celle plante, nous avons déformer la réalité, par notre discrimination, par notre pensée, et nous nous éloignons du grand tout. Parfois je ne savais plus si j’étais en train de lire “Le pouvoir du moment présent” d’Echart Tollé, ou un livre sur l’agriculture. La dernière partie du livre est vraiment axé sur la philosophie et la spiritualité.

  • Se libérer de la science

La science : disséquer chaque chose. L’exemple de l’atome, et de la galaxie. C’est sans fin. Dans l’infiniment petit se trouve l’infiniment grand. Et tous les jours la science avance, en découvrant qu’elle ne sait rien. Un jour on découvre que notre univers n’est pas le seul. Qu’il existe d’autres galaxies etc…

Les scientifiques, qu’il qualifie d”imbéciles savants” car ils appliquent leurs recherches, sont mis en avant. Alors qu’une personne vivant simplement, sans discrimination de l’égo, est bien plus proche de la vérité. Ce sont les imbéciles heureux.

Critique de l’ouvrage

Le livre se lit très rapidement. Il y a 200 pages environ. Ce n’est pas vraiment un roman, mais plus un manuel d’agriculture mixé avec un traité philosophique. On lit quelques pages, puis on médite, et on part faire sa journée. On replonge dedans en se demandant ou il va nous plonger ensuite. Cela fait travailler notre esprit, notre reflexion et notre rapport au monde. Cela remet en question beaucoup de nos conceptions. Il nous ouvre les yeux. Il réussi à nous faire comprendre le lien étroit entre l’agriculture naturelle et la nourriture naturelle. Seule une agriculture sauvage, produira une nourriture naturelle pour le corps de l’homme mais aussi pour son esprit.

Le ton qu’utilise Masanobu Fukuoka peut être dérangeant si on n’aime pas trop recevoir des leçons, ou qu’on a un problème avec l’autorité. Car il impose véritablement son point de vue. Il a passé sa vie à mettre en pratique son ressenti. Il critique ouvertement ceux qui ne pensent pas comme lui. Enfin la seule chose vraiment frustrante pour moi dans l’ouvrage, ce sont les nombreuses illustrations en noir et blanc qui sont d’une qualité médiocre…cela ne transpire en rien de l’univers de sa ferme. Si vous souhaitez avoir un aperçu, il vaut mieux visionner cette vidéo :

https://www.youtube.com/watch?v=Ft0ylk4sU5M

Pour finir, Fukuoka nous met en garde sur la fin de l’humanité proche si nous ne changeons pas. Et il explique comment nous en sommes arrivés là : la discrimination, l’éloignement de la nature, notre volonté de tout contrôler, de tout disséquer, de tout comprendre. Alors qu’au final, plus on en sait, plus on s’éloigne de la vérité, et plus on crée de problèmes.

Dans ce livre vous avez donc affaire à toute une philosophie et un guide pratique. Vous y trouverez une critique aiguisée de la science, du monde scientifique, du monde politique, de l’agriculture moderne, de la nourriture industrielle et donc de notre société matérialiste.  Mais Masanobu Fukuoka n’est pas un pessimiste, loin de là. Tout n’est pas perdu. Le seul moyen de rétablir l’ordre naturel, c’est de créer un mouvement. C’est de revenir aux fondamentaux de l’agriculture sauvage. Et plus que tout, il incite chaque personne à faire sa propre révolution intérieure, et puis de faire celle à l’extérieure : la révolution d’un seul brin de paille.